Excusez-moi de retomber si platement sur terre, ou plutôt sur le gazon, mais un fait d'actualité récent m'y oblige. Ce ne sera pas tout à fait sans rapport avec le domaine des mots qui constitue l'un des thèmes des derniers articles.
Trop ovale sans doute, le ballon de rugby donne le tournis à l'entraîneur de l'équipe de France, le mal nommé Bernard Laporte ! Début septembre, dans les vestiaires du Stade de France, quelques minutes avant le match d'ouverture de la Coupe du Monde, Bernard Laporte choisit de lire à ses joueurs, l'ultime lettre d'un lycéen de 17 ans, Guy Môquet, résistant communiste, qui fut fusillé avec 26 camarades, en 1941. Arrêté un an plus tôt par la police française en quête de militants communistes, il fut emprisonné douze mois avant d'être exécuté par les Allemands en guise de représailles.
On se souvient de la lecture de cette lettre lors de l'investiture de Sarkozy en mai 2007. Nouvelle initiative symbolique : la lettre devrait être lue à chaque rentrée scolaire en France (initiative louable si la lettre est commentée et contextualisée afin de dépasser l'émotion qu'elle génère).
Alors, quel courant d'air nauséabond a conduit Laporte à singer son Président en prenant une initiative si déplacée ?! Quel était le but de Laporte en lisant les mots de Guy Môquet à ses joueurs ? Et encore, peu importe l'objectif visé, il est inadmissible de se prêter à un tel détournement de texte, grotesque de faire un tel usage d'un événement tragique ? Bref, un vrai mélange des genres qui en dit long sur l'esprit qui anime certains entraîneurs sportifs et qui témoigne du peu d'intelligence et de bon sens de certains! Dans tous les cas de figure, il y a de quoi le botter en touche ! Oui, que la porte du bureau de secrétaire d'Etat que Sarkozy lui a promis après la Coupe du Monde, lui soit définitivement fermée ! Laporte s'est lamentablement disqualifié ! Courage, Mr Sarkozy !
Si vous souhaitez en savoir plus sur la tragédie de la famille Môquet, sachez que l'on recommande généralement le livre de Pierre-Louis Basse intitulé L'affaire Guy Môquet, une enfance fusillée (Stock). Afin de mieux saisir le sens des critiques dont Laporte est aujourd'hui l'objet, voici reproduit le texte de la dernière lettre que Guy Môquet a écrite aux siens.
« Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon c½ur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon c½ur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime
Guy »