Linguorama, sur le bout de la langue... (1)

Ce n'est pas directement de l'organe dont il sera question ici, même s'il est déterminant dans la pratique linguistique. En ouverture, laissons la place à un certain Michel, vivant dans le Midi. Il y a bien plus de 10 ans qu'un reportage d' Envoyé Spécial lui fut consacrée. Tout à l'honneur de ce chercheur de mots, les extraits vidéos prouvent qu'il ne faut pas être professeur de français ou un spécialiste quelconque pour aimer, dévorer, digérer les mots.

Ce sympathique agriculteur me fait un peu penser au personnage de Frédéric Mops que Richard Jorif a imaginé pour son roman Le Navire Argo (1987). Fragile mentalement, la mère de ce personnage romanesque le séquestra pendant 6 ans dans la cave de sa demeure ! Il revit la lumière à 18 ans et dut redécouvrir la langue. Il lut Rousseau , se plongea dans le Littré et se gava de mots.

Sans le vouloir, le génial Michel (j'ose le mot) donne une belle leçon aux paresseux de la langue. Ecoutez-le jusqu'au bout : il vous parle de revanche...

# Posté le mardi 21 août 2007 14:09

Modifié le mercredi 22 août 2007 02:28

Exercice de style : le Code civil

C'est le moment de laisser la langue au repos et de faire la pause "(sou)rire" ! Oui, mais pas n'importe quel rire ! Celui d'Irénée (Fernandel) au terme de cette célèbre séquence du "Schpountz" , le film de Marcel Pagnol (1937).
Ne la connaissez -vous pas ? Lisez alors ces mots avant de démarrer la vidéo.

Irénée est un modeste garçon épicier, brave et naïf . Il rêve de devenir une vedette de cinéma ! Il va se faire berner par une équipe de cinéastes parisiens qui tournent dans sa région, le Midi (on y reste ). Ces derniers se moquent pas mal des prétentions d'Irénée. Dans l'extrait ci-contre, ils lui proposent de faire un essai. Voyez...


Peu après, ils lui font signer un faux contrat et voilà Irénée à Paris !
La suite ? Achetez ou louez le dvd ! Quoiqu'un peu daté (mais le temps ne fait pas grand-chose à l'affaire en matière d'art), ce film est distrayant, pathétique, comique et caustique à l'égard des pontes artistiques de la capitale française.
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# Posté le samedi 08 septembre 2007 16:13

Du rire aux larmes ...

Non, non, je ne renonce pas à prolonger le thème de la langue. Vous comprendrez bientôt.

Je cède cependant à l'envie de qui m'est venue en lisant un commentaire récent au sujet de l'émotion qui peut vous submerger lorsqu'un film, une musique, un livre vous remuent l'âme...

Laissez-vous envahir par la beauté de cet extrait du "Pont des Arts" d'Eugène Green., un film atypique qu'un cinéphile doit voir, pour autant qu'il supporte la lenteur et l'étrangeté...
Complétez donc votre vidéothèque !

Pour l'heure, une petite mise en bouche avec ce passage musical reproduisant un air de Monteverdi, composé après le décès de sa jeune épouse.

Méfiance : des larmes coulent... Ne retenez pas les vôtres...Elles témoignent de la grandeur de votre âme !



Voici le texte et la traduction de cette plainte de la nymphe :

Non havea Febo ancora / Phébus ne s'était pas encore
recato al mondo il di, / manifesté par le jour,
ch'una donzella fuora / qu'une jeune fille sortit
del proprio albergo usci. / de sa maison.

Sul pallidetto volto, / Sur son pâle visage,
scorgeasi il suo dolor, / son chagrin était visible,
spesso gli venia sciolto / elle poussait souvent
un gran sospir dal cor. / un grand soupir du fond du coeur.

Si calpestando fiori, / Piétinant les fleurs,
errava hor qua, hor là, / elle allait ici et là,
i suoi perduti mori / pleurant ainsi
cosi piangendo va. / son amour perdu.

Amor dicea, il ciel / O, Amour, dit-elle,
mirando, il piè fermo. / regardant la lumière immobile.
Dove, dov'è la fè / Qu'est devenue la fidélité
ch'el traditor giuro ? / jurée par le traître ?

Miserella / Malheureuse

Fa che ritorni il mio / Fais revenir mon amour
amor com'ei pur fu, / comme il était,
O tu m'ancidi, ch'io / Ou tue-moi
non mi tormenti piu. / pour que je ne souffre plus.

Miserella, ah piu no,no / Malheureuse, elle ne peut plus
tanto gel soffrir non puo. / supporter une telle indifférence glacée.

Non vo' piu ch'ei sospiri / Je ne veux plus de ces soupirs
se lontan da me / s'ils ne sont éloignés de moi,
no,no che i martiri / non, non car les victimes
piu non dirammi affè. / ne peuvent plus dire leur fidélité.

Perché di lui mi struggo, / De m'avoir fait souffrir
tutt'orgoglioso sta, / Il est très fier,
che si, che si se'l fuffo / alors, si je montre de l'indifférence
ancor mi preghera ? / peut-être me suppliera-t-il encore?

Se ciglio ha piu sereno colei, / Même si ces cils sont plus sereins
che'l mio non è, / que les miens,
già non richiude in seno, / cette femme n'a pas dans le coeur,
amor si bella fè. / amour, de si belle foi.

Ne mai si dolci baci / Il ne recevra jamais non plus
da quella boca baci / d'aussi doux baisers de ces lèvres,
ne piu soavi. Ah taci ! / ni de plus tendres. Ah tais-toi !
Taci ! Che troppo il sai. / Tais-toi ! Car il ne le sait que trop bien.

# Posté le samedi 08 septembre 2007 17:30

Bâtir un pont entre les arts...

Bâtir un pont entre les arts…

A bien regarder deux plans de la séquence précédente , on peut être tenté d'établir un rapprochement avec les toiles du Caravage peintes vers 1595-1600.

Outre le contexte musical (luth, cordes pincées, tendance baroque,...), ne retrouve-t-on pas dans le film comme sur les toiles, une même sensualité des lèvres, l'ouverture à demi de la bouche, l'impression de prise sur le vif comme le regard vers le spectateur le laisse penser
( phénomène récurrent dans le film), l'épaisseur des sourcils, ou encore la langueur ambiguë du musicien ?

A vous d'apprécier en cliquant sur l'image pour mieux apprécier...

# Posté le dimanche 16 septembre 2007 04:11

Modifié le dimanche 16 septembre 2007 04:47

« Mr Sarkozy, fermez-lui la porte ! »

« Mr Sarkozy, fermez-lui la porte ! »
Excusez-moi de retomber si platement sur terre, ou plutôt sur le gazon, mais un fait d'actualité récent m'y oblige. Ce ne sera pas tout à fait sans rapport avec le domaine des mots qui constitue l'un des thèmes des derniers articles.

Trop ovale sans doute, le ballon de rugby donne le tournis à l'entraîneur de l'équipe de France, le mal nommé Bernard Laporte ! Début septembre, dans les vestiaires du Stade de France, quelques minutes avant le match d'ouverture de la Coupe du Monde, Bernard Laporte choisit de lire à ses joueurs, l'ultime lettre d'un lycéen de 17 ans, Guy Môquet, résistant communiste, qui fut fusillé avec 26 camarades, en 1941. Arrêté un an plus tôt par la police française en quête de militants communistes, il fut emprisonné douze mois avant d'être exécuté par les Allemands en guise de représailles.

On se souvient de la lecture de cette lettre lors de l'investiture de Sarkozy en mai 2007. Nouvelle initiative symbolique : la lettre devrait être lue à chaque rentrée scolaire en France (initiative louable si la lettre est commentée et contextualisée afin de dépasser l'émotion qu'elle génère).

Alors, quel courant d'air nauséabond a conduit Laporte à singer son Président en prenant une initiative si déplacée ?! Quel était le but de Laporte en lisant les mots de Guy Môquet à ses joueurs ? Et encore, peu importe l'objectif visé, il est inadmissible de se prêter à un tel détournement de texte, grotesque de faire un tel usage d'un événement tragique ? Bref, un vrai mélange des genres qui en dit long sur l'esprit qui anime certains entraîneurs sportifs et qui témoigne du peu d'intelligence et de bon sens de certains! Dans tous les cas de figure, il y a de quoi le botter en touche ! Oui, que la porte du bureau de secrétaire d'Etat que Sarkozy lui a promis après la Coupe du Monde, lui soit définitivement fermée ! Laporte s'est lamentablement disqualifié ! Courage, Mr Sarkozy !

Si vous souhaitez en savoir plus sur la tragédie de la famille Môquet, sachez que l'on recommande généralement le livre de Pierre-Louis Basse intitulé L'affaire Guy Môquet, une enfance fusillée (Stock). Afin de mieux saisir le sens des critiques dont Laporte est aujourd'hui l'objet, voici reproduit le texte de la dernière lettre que Guy Môquet a écrite aux siens.



« Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon c½ur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon c½ur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime

Guy »


# Posté le dimanche 16 septembre 2007 05:27

Modifié le dimanche 16 septembre 2007 07:09