Ivresses...

Ivresses...
Changeons de cap ! Je vous emmène vers une destination inconnue dont je puis tout de même vous livrer le fil conducteur : le ROUGE ! Plusieurs articles durant, nous en verrons des images qui ne manqueront pas d'éveiller commentaires, appréciations, réflexions et correspondances littéraires... Il se peut que nous jetions l'ancre par moment si la nécessité s'en fait ressentir.

Voyez déjà ce rouge soyeux d'un foulard intitulé « Rouge taurin ». L'occasion pour moi de vous aiguiller vers le blog « Soyeusement vôtre », blog conçu par celle qui m'accompagne...Enivrez-vous de ses réalisations de soie ! Cliquez ici.

# Posté le samedi 07 janvier 2006 07:43

Modifié le mercredi 23 août 2006 03:47

Erythrogenèse...

Erythrogenèse...
Emerveillons-nous un moment devant le génie humain capable de déceler les vertus tinctoriales insoupçonnées de la nature et de la sublimer. A force d'observations et d'expérimentations , il comprit qu'elle pouvait lui fournir de quoi faire vibrer les étoffes, les objets, son espace de vie, et de quoi re-créer le monde en images et de lui re-donner sens.

Voyez par exemple les cochenilles (photo 1), ces insectes parasites dont le diamètre ne dépasse guère un centimètre. Dans la mesure où les mâles ne contiennent pas d'acide carminique, seules les femelles sont utilisées . Leur exploitation est attestée en Amérique (Pérou) dès le 7è siècle avant Jésus-Christ, pour la teinture du coton. Au Mexique, les colons espagnols renforcent l'élevage de ces insectes appelés « sang de la figue de Barbarie » par les Aztèques. A partir du début du 16è siècle, des centaines de tonnes de cochenilles séchées sont exportées vers l'Europe puis vers l'Orient via Venise. Deux siècles plus tard, on réussit à acclimater la cochenille en Algérie, à Cadix, et dans les îles Canaries, premier exportateur au 19è siècle. Son succès s'estompe avec le développement des teintures chimiques à l'aube du 20è siècle. Etonnamment, elle colore les charcuteries dans certains étals, sous la référence CEE E 120, vu son absence de toxicité !

Via le murex, coquillage au suc chromogène (photo 2), le monde animal a fourni un autre rouge, plus foncé : la pourpre. Dans toutes les civilisations méditerranéennes, elle sera signe de prestige social. On la réservera aux vêtements des nobles, des rois, des prêtres et des magistrats.
Les minéraux sont aussi à l'honneur : l'ocre rouge. On en a retrouvé à proximité de Nazareth, dans la plus ancienne trace de sépulture connue ( vers 900 000avant Jésus-Christ). Artistes-magiciens paléolithiques en useront. Sur l'image (3), la Monument Valley (Arizona) et ses couches sédimentaires à forte teneur en oxyde de fer.

Du rouge, encore du rouge. Cette fois grâce aux végétaux et en particulier à l'une des plus anciennes plantes tinctoriales, originaire de Perse et cultivée dès l'Antiquité : la garance. Ses racines (photo 4), une fois glanées après extraction, sont séchées au soleil et réduites en poudre. La garance est la seule plante capable de produire du vrai rouge. C'est au Moyen Age qu'elle commença à apparaître dans le nord de l'Europe.

Notons que, comme la plupart des colorants, la garance possède aussi des propriétés médicinales. Selon un traité grec du 1er siècle, sa racine « provoque l'urine : c'est pour cette raison qu'elle est fort bonne à la jaunisse, aux sciatiques, et aux paralytiques, prise en breuvage en eau miellée ».
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 11 avril 2006 10:24

Modifié le mardi 29 août 2006 12:15

De la décollation à la décoloration

De la décollation à la décoloration
Rome 2005. Quelques enjambées et me voilà dans le château Saint-Ange ... J'imagine Le Caravage,vers l'an 1600, face aux têtes tranchées que l'on avait coutume d'exposer publiquement sur un linge noir entre deux cierges. Les têtes des nobles exécutés parce que criminels. Fut-il impressionné, pâle, livide, décoloré comme nous le serions aujourd'hui ? Ou simplement curieux et observateur comme tout peintre étudiant l'anatomie humaine ? Je n'en sais trop rien...Mais à l'époque, on conseillait aux peintres d'accompagner les condamnés à mort sur le chemin de l'échafaud pour analyser le frémissement des paupières et la révulsion des yeux.



En tout cas, cette mise en scène macabre ne l'empêcha pas de commettre l'irréparable un peu plus tard...


Vision rouge sang sur tissu noir... Rouge sang et fonds sombres omniprésents sur ses toiles...
Voyez la toile Judith et Holopherne (photo de gauche). Le sang du général assyrien gicle sous le tranchant de l'épée de Judith, héroïne biblique. Une des premières femmes peintres, Artémisia Gentileschi, s'en souviendra...

Palerme 2006. Je pousse la porte d'une salle du Palazzo Abatellis... On s'affaire devant une
toile du Caravage : Les Funérailles de Sainte Lucie (1608). On la « déshabille » pour mieux la restaurer. Etoffe rouge et arrière-plan brunâtre (à peine perceptible sur la petite photo ci-contre).

Sainte Lucie morte...Luc-ie...Luc-ilie...Luc-ide... Soleil noir de la mélancolie...Eteignons !

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 11 avril 2006 12:13

Modifié le vendredi 01 juin 2007 02:55

Lumière ! A voir ! Ouvrez...l'oreille !

Lumière ! A voir ! Ouvrez...l'oreille !
Lumière !

Sortons des profondeurs obscures de l'antique prison de Syracuse que Le Caravage a
surnommée « Oreille de Denys » (1) alors même qu'il vient de s'échapper du cachot de Malte où il fut jeté pour une énième querelle , lui qui ne fit que fuir depuis son crime perpétré à Rome !

Pourquoi une telle appellation pour cette latomie ? Il semble que grâce à l'acoustique extraordinaire de cette grotte, le tyran Denys entendait à la surface, par une petite ouverture, les chuchotements de ses prisonniers projetant une éventuelle rébellion ou évasion.

L'avez-vous prêtée, l'oreille ? On parle en ce moment d'une superbe exposition ...à voir ! Elle réunit des œuvres du Caravage, encore lui, et de Rembrandt au Rijksmuseum d'Amsterdam jusqu'au 18 juin. Certes, il y a de quoi distinguer ces deux maîtres du 17è siècle, mais les rapprocher ne relève pas d'un délire de « spécialiste ».

Tous deux aimaient travailler « sur le motif » en disposant les modèles dans une pièce aux murs sombres. Outre les thèmes de l'aile et de la nudité, on appréciera sur les deux images ci-contre ( 2. Le
Caravage, Omnia vincit Amor / 3. Ganymède enlevé par Jupiter de Rembrandt), le jeu sur le clair-obscur ainsi que l'introduction d'une réelle trivialité au sein de ces deux toiles .

D'abord, chez Le Caravage, il y a l'insolence d'Amour qui s'amuse à exhiber son appendice qui oriente notre regard vers les symboles des disciplines que seul l'amour est capable de surpasser, à savoir la musique (luth, partitions,...), la géométrie (compas), l'astronomie (globe), le combat militaire (armure), la poésie (livre),...
Et chez Rembrandt, on remarque que Ganymède,l'enfant hideux et braillard, libère un jet d'urine ! Allusion à sa métamorphose en constellation ? Possible... Mais de la sorte Rembrandt se détache de la tradition classique qui fait de ce mythe antique une histoire d'amour homosexuel et, dans sa version chrétienne, le symbole de l'âme s'élevant au ciel après la mort.

Sur la toile, présence d'un enfant qui, pris de panique, se met à uriner comme n'importe quel enfant le ferait.

Dans l'esprit de Rembrandt, le souvenir douloureux de son premier fils que le ciel a ravi, quelques semaines après la naissance. Qui sait ?...

# Posté le mardi 11 avril 2006 14:36

Modifié le vendredi 01 juin 2007 02:55

Rufus et Pyrrhus

Rufus et Pyrrhus
Roux , « Rufus » en latin et « Pyrrhus » en grec. Sur l'image ci-contre, voyez La Rousse peinte par un artiste belge, Roger Coppe .
Cette femme, je la rencontre chaque jour et jamais elle ne me lasse, toujours aussi flamboyante et inquiétante. Sa corpulence suggère animalité, et force virile (!), un peu celle des Sybilles de Michel-Ange, avec en plus ce côté menaçant que, des siècles durant, on a associé aux femmes rousses. Avec sa chevelure couleur de feu, elle nous envoûte et instille en nous un sentiment ambivalent mêlant séduction et répulsion.

Il y eut un temps où des esprits chagrins assimilaient les rousses à des compagnes du diable : elles se seraient rapprochées de l'Enfer et auraient entretenu un commerce charnel avec Satan ! Autre signe distinctif de cette promiscuité, les éphélides (taches de rousseur). Mais certains peintres ont pu , dans ces époques obscures, souligner la sainteté de la Vierge en la nimbant de roux et en donnant des reflets «édomiques» (Edom, roux en hébreu) à ses cheveux ! Pourquoi ce choix ? Probablement parce qu' elle est la Mère du Christ que des peintres ont représenté roux parce que descendant de la lignée de David (« Fils de David »), roi présenté comme roux dans l'Ancien Testament. Dans ces chevelures, un
«même » sang circule. Ambivalence, écrivais-je...

L'aspect brut et la facture expressionniste de cette œuvre saisissante de Roger Coppe la situent aux antipodes des peintures anglaises des pré-raphaélites du 19è siècle qui, comme Rossetti, associaient parfois rousseur et sainteté dans une forme délicate et léchée.
Pour s'informer sur le peintre Roger Coppe, cliquez ici.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 29 avril 2006 08:45

Modifié le mardi 08 août 2006 05:36