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Im-postures contemporaines !

Im-postures contemporaines !
Pour prolonger un peu la réflexion déjà entamée dans les commentaires de l'article sur les femmes-pinceaux de Klein, inspirons-nous de celle de l'écrivain, journaliste et éditeur Jean-Claude Guillebaud.

Dans l'un de ses ouvrages de vulgarisation, il s'interroge sur le rapport Kinsey (Etats-Unis, 1948). Se basant sur des sondages, des questionnaires et évaluations statistiques, Kinsey répertoria les différentes pratiques sexuelles, la représentativité statistique étant son seul critère. Ce travail aboutit indirectement à une déculpabilisation individuelle et collective d'ordre mimétique : c'est l'autre qui légitime ma propre pratique sexuelle. Dédramatisation des pratiques comme par exemple l'activité auto-érotique qui ne saurait envoyer en enfer ! (Mais, comme on le devinera plus bas, "to be Onan, or not to be Onan, that's the...addiction !")

Selon Guillebaud, le rapport Kinsey participe « d'une générosité libérale» et « d'une confiance en l'avenir ». Reçue comme une preuve d'une libéralisation en marche, cette étude fit cependant s'interroger quelques esprits dissidents comme Georges Bataille. Sans condamner la qualité du rapport en tant que tel, Bataille pointa les limites d'une telle entreprise : courbes, graphiques et statistiques ne sauraient
appréhender « l'élément irréductible de l'activité sexuelle », " cet élément intime » qui, selon ses termes,
« demeure insaisissable, étranger aux regards du dehors, ceux qui cherchent la fréquence, la modalité, l'âge, la profession et la classe ».

Guillebaud fait remarquer que ce rapport marque le commencement d'une époque qui dure encore : « celle des sexologues, du plaisir fonctionnel et du devoir d'orgasme ; devoir à accomplir sous peine de dysfonctionnement ». Nouvelles injonctions, nouvelles angoisses.

Sans récuser les avancées de la « révolution sexuelle », Guillebaud évoque des effets collatéraux. Parmi ceux-ci, la logique de performance. L'angoisse nouvelle ne serait plus celle du jugement moral dont on a pu souffrir autrefois, mais de l'évaluation comparative. Guillebaud cite Pascal Bruckner : « L'entente sexuelle est devenue le critère de réussite du couple. De là un déchaînement de recettes, de conseils dans une certaine presse (et j'ajouterai d'une littérature à prétention scientifique), puisque la bienbaisance est devenue le manuel de civilité du couple moderne. » Postures et imposture contemporaines...
Un deuxième effet de la logique Kinsey, c'est la tyrannie de l'imitation. Les médias nous renseignent sur les prétendus désirs d'une majorité. Aussi risque-t-on de céder inconsciemment à un nouveau conformisme. « Chacun de nous est persuadé que l'autre, ce vis-à-vis enviable, est, lui, parfaitement autonome dans ses désirs. Le jeu est, bien entendu, circulaire. Si nous sommes envieux de l'autre, il l'est tout autant de nous(...) Et chacun, croyant avoir brisé les chaînes, se grise d'une fausse liberté tandis qu'il s'emprisonne peureusement dans l'obéissance à un modèle. » (Guillebaud).

Récemment, Arte a rediffusé le film de Woody Allen « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander » (voir photo). Même s'il est un peu daté, ce film illustre certaines des idées abordées ci-dessus. Tout en incitant à rire, il questionne encore nos contemporains. Rabelais n'est pas loin !
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# Posté le dimanche 04 février 2007 13:09

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