Prolongeons le commentaire d'un blogueur en nous intéressant à une huile sur toile du peintre allemand Paul Klee : Ad Parnassum (1932 ; 100X126) . Vous pouvez la voir en image fixe en cliquant ici.
Considérons les sources d'inspiration du peintre. Autant de muses (masculines !) au service de l'apollonien Klee frôlant le sommet de son art ?! Klee dionysien n'aurait pu se concevoir tant la raison et la réflexion caractérisent son œuvre.
Comme nombre d' artistes modernes ou contemporains (ex : Klein page précédente), il se référa aux réalisations du passé et à celles de son temps pour finalement élaborer une œuvre toute personnelle.
Dans la séquence vidéo, toile et mosaïques italiennes se répondent. Dès 1902, Klee fut impressionné par les mosaïques de Rome, Naples ou Ravenne. L'influence est évidente, même si les touches colorées de Klee ne se juxtaposent pas seulement comme les tesselles des mosaïques: elles se superposent aussi. En effet, sur la toile des couches se succèdent. D'abord, la préparation blanche habituelle. Ensuite, un large quadrillage sous-jacent est réalisé au moyen de pigments de couleur atténuée liés par de la caséïne (liant à base de lait). Chaque fragment de couleur (l'équivalent d'une tesselle de mosaïque) est peint sur une base blanche. Enfin, ultime superposition, la « ligne mélodique » est peinte en lignes tirées avec un pinceau pointu.
On pourrait aussi y voir l'art pointilliste d'un Seurat. Mais ici, Klee ne tient pas vraiment à restituer les phénomènes optiques. Il cherche davantage à produire des effets de profondeur, de rythme, de transparence et de mouvement. C'est la raison de ses choix techniques décrits plus haut. La vidéo ne rend pas suffisamment compte des différents plages de couleurs à l'intensité variable. Couleurs plus brillantes dans la partie supérieure, à droite, du côté du soleil ; teintes atténuées dans la partie inférieure gauche.
Delaunay fait aussi figure de parangon. Klee admira ce peintre qui, dans la lignée d'un Cézanne, privilégia la couleur. Dès la fin du 19ème siècle, pléthore d'artistes revendiquèrent une totale liberté créatrice. Pour certains, comme Delaunay, la couleur, vibrant à l'intérieur d'espaces délimités, donnait au tableau sa raison d'être. A son tour, Klee fit l'expérience de la liberté qu'il paya au prix fort, souffrant d'être congédié en 1933 de son poste de professeur à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, de savoir son œuvre tournée en dérision lors de l'exposition d'Art dégénéré quatre ans plus tard (Munich ) .
Retour sur la toile : ici chaque élément coloré du tableau peut être conçu comme la note d'une vaste composition musicale. Transpositions. Correspondances. La musique eut une importance indéniable dans la vie et l'œuvre de Klee. Marié à une pianiste, il joua du violon (Bach, Mozart, Haendel,...). Des choix assez « classiques » à une époque où la musique faisait également sa révolution...
D'ailleurs, tendez l'oreille. Souffre-t-elle d'entendre cette cascade de notes au flux variable et à la puissance inégale ? Il s'agit d'une Variation op. 27 d'Anton Webern datant de 1936, quatre années seulement après Ad Parnassum. Elève de Schönberg, ce compositeur autrichien fut un fidèle représentant de la musique dite « dodécaphonique ». Un mot d'explication bref pour les néophytes. La technique dodécaphonique se base sur les douze notes contenues à l'intérieur d'une octave . Des séries de notes sont composées de sorte à faire entendre chacun des douze sons que l'on ne peut répéter.
L'histoire des arts voit se succéder des courants, des tendances qui s'opposent, se prolongent, fusionnent ou se renouvellent. Avant-gardes ou révolutions esthétiques ne sont certainement pas le propre du 20ème siècle. Et puis, l'avant-gardisme n'est-il pas devenu aujourd'hui un nouveau conformisme dont on ne pourrait sortir qu'en brisant le cercle de la « révolution » ?...
Considérons les sources d'inspiration du peintre. Autant de muses (masculines !) au service de l'apollonien Klee frôlant le sommet de son art ?! Klee dionysien n'aurait pu se concevoir tant la raison et la réflexion caractérisent son œuvre.
Comme nombre d' artistes modernes ou contemporains (ex : Klein page précédente), il se référa aux réalisations du passé et à celles de son temps pour finalement élaborer une œuvre toute personnelle.
Dans la séquence vidéo, toile et mosaïques italiennes se répondent. Dès 1902, Klee fut impressionné par les mosaïques de Rome, Naples ou Ravenne. L'influence est évidente, même si les touches colorées de Klee ne se juxtaposent pas seulement comme les tesselles des mosaïques: elles se superposent aussi. En effet, sur la toile des couches se succèdent. D'abord, la préparation blanche habituelle. Ensuite, un large quadrillage sous-jacent est réalisé au moyen de pigments de couleur atténuée liés par de la caséïne (liant à base de lait). Chaque fragment de couleur (l'équivalent d'une tesselle de mosaïque) est peint sur une base blanche. Enfin, ultime superposition, la « ligne mélodique » est peinte en lignes tirées avec un pinceau pointu.
On pourrait aussi y voir l'art pointilliste d'un Seurat. Mais ici, Klee ne tient pas vraiment à restituer les phénomènes optiques. Il cherche davantage à produire des effets de profondeur, de rythme, de transparence et de mouvement. C'est la raison de ses choix techniques décrits plus haut. La vidéo ne rend pas suffisamment compte des différents plages de couleurs à l'intensité variable. Couleurs plus brillantes dans la partie supérieure, à droite, du côté du soleil ; teintes atténuées dans la partie inférieure gauche.
Delaunay fait aussi figure de parangon. Klee admira ce peintre qui, dans la lignée d'un Cézanne, privilégia la couleur. Dès la fin du 19ème siècle, pléthore d'artistes revendiquèrent une totale liberté créatrice. Pour certains, comme Delaunay, la couleur, vibrant à l'intérieur d'espaces délimités, donnait au tableau sa raison d'être. A son tour, Klee fit l'expérience de la liberté qu'il paya au prix fort, souffrant d'être congédié en 1933 de son poste de professeur à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, de savoir son œuvre tournée en dérision lors de l'exposition d'Art dégénéré quatre ans plus tard (Munich ) .
Retour sur la toile : ici chaque élément coloré du tableau peut être conçu comme la note d'une vaste composition musicale. Transpositions. Correspondances. La musique eut une importance indéniable dans la vie et l'œuvre de Klee. Marié à une pianiste, il joua du violon (Bach, Mozart, Haendel,...). Des choix assez « classiques » à une époque où la musique faisait également sa révolution...
D'ailleurs, tendez l'oreille. Souffre-t-elle d'entendre cette cascade de notes au flux variable et à la puissance inégale ? Il s'agit d'une Variation op. 27 d'Anton Webern datant de 1936, quatre années seulement après Ad Parnassum. Elève de Schönberg, ce compositeur autrichien fut un fidèle représentant de la musique dite « dodécaphonique ». Un mot d'explication bref pour les néophytes. La technique dodécaphonique se base sur les douze notes contenues à l'intérieur d'une octave . Des séries de notes sont composées de sorte à faire entendre chacun des douze sons que l'on ne peut répéter.
L'histoire des arts voit se succéder des courants, des tendances qui s'opposent, se prolongent, fusionnent ou se renouvellent. Avant-gardes ou révolutions esthétiques ne sont certainement pas le propre du 20ème siècle. Et puis, l'avant-gardisme n'est-il pas devenu aujourd'hui un nouveau conformisme dont on ne pourrait sortir qu'en brisant le cercle de la « révolution » ?...