Manzoni, marchand-alchimiste ou l'art mal digéré !

Manzoni, marchand-alchimiste ou  l'art mal digéré !
Cher lecteur,

Vous excuserez l'indélicatesse de l'objet de mon article, mais je trouve que l'œuvre de Manzoni trouve sa juste place à ce stade du blog. Elle vient illustrer les deux articles précédents.
« Mais dans quelle mesure ?», me direz-vous. A chacun sa lecture...
Un mot au sujet de cette pièce de Manzoni.

Avez-vous distingué la date ?

1961 ! Cela peut surprendre. Cependant, les périodes précédant et suivant les deux conflits mondiaux du 20ème siècle ont été riches en contestations de toutes natures (Klein, par exemple, a réalisé certaines anthropométries un an plus tôt et est mort un an plus tard). L'art est venu représenter une conscience en froid avec les valeurs du 19 ème siècle et du début du 20ème. Et puis Freud est passé par là.
En deux mots, le 20ème siècle a très tôt accouché d'un autre homme...Cela s'est vu, lu et entendu...


Une pièce unique ?

« Une telle activité scato-artistique pourrait être quotidienne et par conséquent, rentable ! », seriez-vous tenté de penser. Cette année-là, Manzoni a « expulsé » sur le marché de l'art 90 productions ! On peut bien « couler un bronze ». Manzoni fit mieux : il « lâcha de l'or », enfin, si l'on veut : ces boîtes de conserve, il les vendit au poids et au prix de l'or ! Selon la qualité hermétique de la boîte ( !), le prix actuel s'élève à 30 500 euros ! Plus fort encore : dans une galerie marseillaise, en 1989, on procéda à l'ouverture publique de l'une des boîtes ! Résultat : une plus-value marchande, car le prix de la boîte doubla !

Une pièce authentique ?

Il semble que le contenu soit conforme au descriptif de la boîte (on peut bien faire confiance à la compagnie d'assurance qui a « analysé » les boîtes !), sauf que l'on se demande si la nature des excréments est d'origine humaine ou animale...
Qu'importe pour les investisseurs !

Une pièce à valeur symbolique ?

Avec modestie et légèreté bien pesée, approchons la question du sens.

Première lecture, selon une anecdote biographique.
Propriétaire d'une fabrique de viande en conserves ( !), le père de Manzoni reprocha à son fils d'être un « artiste de m... » ! Il prit cette parole vexante du père au pied de la lettre ! Ainsi, cher lecteur et peut-être parent, humiliez vos enfants, ils deviendront riches et célèbres. Enfin, c'est à voir...

Deuxième lecture, selon Freud.
Dans sa théorie sur la sexualité infantile, Freud présente deux stades prégénitaux répartis sur les trois premières années de l'existence : le stade oral et le stade anal. C'est le second qui nous intéresse, vous l'auriez deviné.
Commençons par une présentation succincte de ce stade. C'est une phase qui procure au petit enfant un réel plaisir corporel et mental lié à la maîtrise des sphincters. C'est le moment où il prend conscience du pouvoir qu'il a sur ses parents : il peut leur faire plaisir en leur offrant ce qu'ils demandent, là où il convient désormais de déféquer, comme il peut bien ne pas satisfaire à cette exigence.
Venons en maintenant à la question du caractère du sujet qui peut se former, plus ou moins profondément selon Freud, sur des traces indélébiles de la petite enfance. Parmi les attitudes caractéristiques dérivées de l'organisation anale, Freud retient la relation particulière à l'argent. Le sujet peut être rivé à la phase de rétention et par conséquent être d'une parcimonie maladive avec pour corollaire, le désir permanent d'amasser de l'argent ; ou alors il serait fixé à la phase de production et être pris de frénésie dépensière doublée d'une générosité pathologique ! Garder ou donner à l'excès, dans les deux cas, il privilégie l'avoir à l'être.

Voici mon hypothèse de lecture : Manzoni serait le type même du premier cas de figure décrit ci-dessus et donc, un névrosé qui s'ignore ! Rien de bien original finalement car nous sommes tous, dixit Freud, plus ou moins névrosés. Manzoni serait un peu plus attaché que d'autres à la phase anale et à...l'argent !

Autre hypothèse : Manzoni est un névrosé qui ne s'ignore pas du tout et qui joue, non seulement avec ses fèces, mais également avec la théorie freudienne qu'il exploite à merveille !

Mon interprétation, parole d'Evangile ?
Non, bien sûr. Je ne prétends pas détenir la clé de l'oeuvre ni même l'ouvre-boîte ! Mais avec quelle morale conclure au sujet de cette œuvre-reliquaire répondant à la fois au principe de la transsubstantiation (du corps à l'objet d'art) et à la règle élémentaire de l'alchimie (de la matière vile à l'or) ? La voici:

« Heureux serez-vous lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira mensongèrement contre vous toute sorte de mal, à cause de votre art.
Réjouissez-vous et exultez, parce que votre salaire est grand dans les cieux » !

Extrait de l' Evangile selon st Matthieu, 5, 11-12 (sauf les deux mots soulignés).


Alors quoi ?! Tous à vos sphincters ? Tous en selles ? Tous à bord du Transit Express ? Tous à la « foire » ?

Prenez d'abord le temps de digérer cet article que vous n'assimilez pas, je l'espère, à une affreuse diarrhée verbale !
# Posté le samedi 24 février 2007 03:48
Modifié le vendredi 08 juin 2007 02:57

Vapeurs baudelairiennes (2)

Avec Baudelaire, prenons un peu de hauteur ainsi qu'une salutaire bouffée d'air pur aux béatitudes
réinventées.


Elévation.

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par-delà le soleil, par-delà les éthers,
Par-delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

in Les Fleurs du Mal
# Posté le samedi 24 février 2007 04:06

La revanche « royale » de Jeanne par la cantatrice Ségolène ?

Tel l'albatros aux ailes déployées brassant du vent( !), l'écrivain et éditeur un rien cabotin qu'est Philippe Sollers paraît sincère lorsqu'il rêve de la belle Ségolène présidente. Il ne jure que par cette "Royal" révolution car ce serait une première dans l'histoire de France.

Argument un peu léger pour justifier ses affinités électives...

Songeons tout de même au fait que Ségolène Royal pourrait bien venger la malheureuse Jeanne , fille du roi Louis X, indésirable sur le trône de France au 14ème siècle.
Le manque d'héritiers mâles avait bien failli installer Jeanne à la tête du royaume. Mais on s'était arrangé pour ajouter une nouvelle disposition à la loi salique visant à empêcher toute femme de détenir le pouvoir royal (officieusement, plus d'une l'a exercé indirectement...), ce qui, en fin de compte, fut un des éléments déclencheurs de la guerre de Cent ans !

Si sensible à la beauté de Ségolène, Sollers trouve peut-être quelque charme à sa voix? Ségolène, royale enchanteresse ? Diane au lyrisme suave, promettant la lune à chacun?! On peut en douter...Enfin, à vous de juger.

De mon côté, je m'interroge : n'aurait-elle pas interprété dans son jeune temps le rôle de Mme Smith dans la Cantatrice chauve d' Eugène Ionesco ? La tessiture de sa voix ne conviendrait- elle pas à celle du personnage de Mme Smith? En outre, le timbre vocal de la candidate est un peu gouailleur quand il se lâche. Aïe ! Ségo, Castafiore de la politique peinant à trouver le ton ad hoc !

Et du point de vue du contenu des discours, il y a parfois plus à dire qu'à penser, non ?
D'aucuns (et parmi eux, des voix de gauche !) dénoncent la vacuité de son discours qu'ils qualifient de démagogique (travers dans lequel d'autres candidats tombent aussi).

Amusons-nous ! Imaginons certaines répliques de Mme Smith dans la bouche de Ségolène :

« Tout ce qui est humain est honorable » ;

« Dans la vie, il faut regarder par la fenêtre » ;

« Quand je dis « oui », c'est une façon de parler » ;

« Le maître d'école apprend à lire aux enfants, mais la chatte allaite ses petits quand ils sont petits ».


On se la représente persuasive malgré la teneur creuse, banale de ces phrases. Un exercice où Ségolène s'avérerait excellente, si l'on comprend bien l'intention de Bruno Candida qui s'est amusé à trafiquer ses discours. Allez voir, écoutez surtout en cliquant sur ce lien. Vous ne serez pas déçu !

Dans la séquence vidéo ci-contre, un autre montage sonore original qui fait d'Ionesco (que j'ai eu le bonheur de rencontrer , tout comme le blogonaute L'Homme masqué), l'interprète d'une chanson à texte recomposé (un conseil : augmentez le volume du son).

Les paroles (« J'en ai marre d'aligner des paroles et des paroles ») ne préfigurent-t-elles pas le sort de Ségolène, épuisée au terme de tant de rencontres citoyennes, de meetings et de débats ?
Intuition d'une pièce tragique à venir : La Reine se meurt ...
# Posté le samedi 03 mars 2007 10:47
Modifié le samedi 10 mars 2007 05:20

Requiescat in pa..ginis !


Amusant le concept de Frédéric Ferney pour son émission, défunte trop tôt, le « Club Saint-Pierre. » Il invitait des personnalités du monde artistico-littéraire au cimetière du Père La Chaise et les questionnait comme si elles appartenaient au royaume des taupes.

Dans la séquence vidéo aux teintes grisâtres (et pour cause !), affrontez le macchabée Philippe Sollers dans les allées du cimetière parisien, lieu plus approprié que celui où il gloussait hier soir, à savoir chez le Trissotin de service, Stéphane Bern ! Sollers, ou les deux formes de l'ectoplasme...

Vraiment, je préfère le revoir plus jeune de quelques années (2002, ) déambuler comme une ombre entre les pierres tombales, vif, sémillant et théâtral. Paix à son âme !

Où convient-il d'exhumer le vrai Sollers ? A Venise ou dans ... les livres ! L'immortel Sollers y repose ! Voici quelques mots extraits de son Dictionnaire amoureux de Venise :


« On connaît la formule de Céline : « L'amour, c'est l'infini mis à la portée des
caniches. » On le comprend, on lui donne raison la plupart du temps, on vomit
avec lui, on sait bien que la mort et la corruption mènent la danse, et puis on se
reprend, on regarde l'abîme en face, et on pense que la célèbre formule décapante
est aussi un alibi de caniche, c'est-à-dire une connerie. Les amoureux ne sont ni
pigeons ni des chiens. Ils font une expérience. Elle est très désapprouvée, très
surveillée, la plupart du temps empêchée et empoisonnée. On doit insister et passer.

Il faut imaginer Céline heureux à Venise. « Sérénissime » veut dire : au-delà des
contradictions. Le Néant n'est pas le contraire de l'Etre, les Ténèbres de la Lumière,
la Tragédie de la Comédie, la Mort de la Vie, la Misère du Luxe, la Souffrance du
plaisir, l'Amour du Libertinage : rien n'est le contraire de rien. C'est ce que Venise
n'arrête pas de dire et le moment est venu de l'entendre. »
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# Posté le jeudi 15 mars 2007 10:28
Modifié le jeudi 15 mars 2007 11:46

Fantasmagorie

« Le progrès, c'est la mort des inventions », chante Christian Décamps dans la chanson Psychosomagique génie .

Ressuscitons un inventeur dont le nom n'a guère de résonance aujourd'hui : le Français Emile Courter, dit Emile Cohl (1857-1938). Il fut le premier à avoir créé l'illusion du mouvement sur écran à l'aide d'un simple papier et d'encre noire. Ce pionnier créa donc l'art du dessin animé.

Dans notre enfance, cet art parvint à nous émerveiller par sa magie et à nous permettre d'échafauder, sans en avoir pleinement conscience, une certaine perception du monde, des autres et de nous-mêmes. D'aucuns diront que ce monde rêvé des dessins animés ont eu leur part de responsabilité dans la genèse des utopies personnelles. Oui, probablement, mais l'utopie, n'est-elle pas le fondement même de nos choix de vie ?...

Comme nous le constaterons dans un article à venir, cet art mineur a quelque parenté avec un art majeur...Pour l'heure, regardez ces images d'archives du premier dessin animé, Fantasmagorie (1908) qui ne durait pas plus de deux minutes. Voyez les métamorphoses d'un clown filiforme nées de la main de ce démiurge français qui réalisa pour cette séquence près de 700 dessins, réalisés à l'encre noire sur papier blanc puis imprimés en négatif.
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# Posté le dimanche 18 mars 2007 07:21
Modifié le dimanche 18 mars 2007 12:37